Opinion : Les musiciens classiques ont-il mangé leur pain blanc ? (Resmusica)

Exister, c’est continuer de produire

L’actuelle crise à Radio France où les menaces de suppression d’un des deux orchestres de la Maison ronde se font de plus en plus claires, mais aussi les vieux « serpents de mer » de fusions en région PACA trahissent ce retournement. Les orchestres qui ont fait montre de surchauffe ont déjà réduit discrètement leurs effectifs. Bordeaux ne possède plus autant de musiciens que sous la baguette d’Alain Lombard. Nice est actuellement à quatre-vingt-cinq musiciens dans ses rangs, et Montpellier sort d’un très médiatisé plan de licenciement poliment appelé PDV qui acte la destruction de dix postes de musiciens.

Car sous les contraintes économiques, la variable d’ajustement ne peut se faire ailleurs que sur les frais fixes. Exister, c’est continuer de produire si l’on ne veut être condamné à fermer les saisons pour ne plus offrir qu’un simple festival. Et pendant cette période, les ajustements s’exerçaient continuellement sur les salaires. Lire L’Orchestre nu de François Dupin (1981) suffit à nous faire prendre conscience qu’être musicien aujourd’hui n’est plus cette position sociale dépeinte par l’ancien timbalier de l’Orchestre de Paris.

Les ensembles spécialisés ne sont pas épargnés et les rémunérations qui faisaient pâlir d’envie leurs homologues sur instruments modernes ne sont plus que souvenirs. Maintenant, c’est au forfait journalier que sont engagés les musiciens, ce quel que soit le nombre de services et leur durée quotidienne.

Las, cette pression sur les salaires n’a pas suffi. L’ensemble des structures est touché par des subventions en baisse et des impératifs d’immédiateté de retour d’image imposés par les tutelles locales. Outre le fait que les programmations s’approprient les courants de la culture de masse pour espérer attirer du public, il faut encore plus baisser les coûts pour tenter de maintenir l’équilibre. Les orchestres réduisent leur nombre de musiciens permanents quitte à abuser du CDD d’usage (contrat a durée déterminée toléré dans le spectacle vivant) et à accroître le nombre d’artistes relevant de l’annexe X de l’assurance chômage [3].

Au vu de l’analyse de Pierre-Michel Menger, force est de constater les effets de ces choix et la bascule entre la part travail et indemnisation des revenus des musiciens. Une « saltimbanquisation » des musiciens accrue par l’inconséquence des structures de formations qui n’adaptent pas à la demande le nombre de musiciens qu’ils forment.

Article dans Resmusica : https://www.resmusica.com/2019/10/01/les-musiciens-classiques-ont-il-mange-leur-pain-blanc/#_ftn1



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