Prendre le metal au sérieux Entretien avec Gérôme Guibert et Deena Weinstein

Depuis une vingtaine d’années, les metal studies forment un champ d’études émergent. Bien souvent, les universitaires actifs dans ce domaine sont aussi des mélomanes qui interrogent leur propre passion. Comment articuler le statut d’amateur à celui de chercheur?

Deux courts extraits de l’entretien

Deena Weinstein : En tant que sociologue, ce qui m’intéresse dans le rock, ce n’est pas seulement la musique. Dans le cadre de ce modèle transactionnel, on a des fans, des créateur et un ensemble de médiateurs qui jouent un rôle au moins aussi important dans l’élaboration du produit fini : les maisons de disques, les producteurs, chaînes de télévision, etc. Le rock est donc une transaction, un ensemble d’échanges entre ces trois entités ou acteurs sociaux, et la musique en est le résultat. Les fans aident les médiateurs en leur donnant de l’argent lorsqu’ils achètent albums et t-shirts. Ils ne donnent pas d’argent aux artistes. Ils confèrent un statut à ces derniers, leur donnent leur adoration, ou un simple retour, mais c’est le médiateur qui présente l’artiste aux fans, et qui lui reverse également une partie de l’argent – et c’est souvent une maigre part. L’artiste donne à son tour au médiateur un produit à vendre, et l’artiste donne au fan de quoi éprouver du plaisir. La structure du rock s’articule donc autour de ces six types d’échange qui se nouent entre ces trois positions et acteurs sociaux, avec pour résultat final la musique du moment, quelle qu’elle soit.

Gérôme Guibert : En sociologie, la plupart des chercheurs aiment rappeler que « tous les objets de recherche se valent » mais, dans le même temps, ils rappellent à quel point les profits symboliques sont différenciés. Le terme « populaire » est lui-même bien souvent critiqué, et entaché de soupçons. Mais comme le rappelle Stuart Hall, il est pertinent à partir du moment où l’on traite des rapports de pouvoir et des inégalités, qu’elles soient réelles ou associées à des représentations. Travailler sur le metal, musique la plus détestée par les français de 15 ans et plus (si l’on en croit l’enquête sur les pratiques culturelles des français) [4] n’est pas simple – le genre est soit tourné en dérision, soit jugé suspect. Ce qui est intéressant, toutefois, c’est que la sociologie peut contribuer à modifier ces représentations, surtout lorsque la recherche est relayée par la presse. Certains remettent en question l’utilité d’une recherche scientifique portant sur une culture aussi marginale. Mais en réalité, certains contextes exigent une approche sociologique. En cas de crise, comme cela a été le cas pour Hellfest, un sociologue peut être utile. Cela permet aux organisateurs de répondre à certaines questions, telles que « d’où vient mon public ? Quels sont les effets du metal sur les trajectoires individuelles ? »

Suite de l’entretien de Catherine Guesde dans La Vie des Idées : https://laviedesidees.fr/Prendre-le-metal-au-serieux



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