ANALYSE : LA FRANCE, ROYAUME DES MUSIQUES URBAINES Par Olivier Richard

Les rappeurs règnent en maîtres sur le marché des ventes de disques. Comment l’exception culturelle française a-t-elle accouché de ce phénomène unique au monde ?

Le flow s’est transformé en flots. Autrefois méprisé par la majorité des professionnels et des grands médias, le rap règne désormais de manière écrasante sur le marché de la musique en France. Cette domination s’est transformée en véritable hégémonie sur les ventes, les artistes rap, ou plutôt de «musiques urbaines» comme on dit aujourd’hui, trustant sans partage le top des ventes d’albums et de singles. En 2018, quatorze des vingt meilleures ventes d’albums sont signées d’artistes de ce genre, dont les frères Gims et Dadju, aux deuxième et troisième places juste derrière feu Jean-Philippe Smet. Côté singles streamés, les chiffres sont tout aussi spectaculaires puisque les deux tiers des vingt singles les plus écoutés relèvent du rap ou assimilé (1). Détail essentiel : hormis quelques rares incursions d’Anglo-Saxons comme Drake ou l’assassiné XXXTentacion, l’essentiel des lauréats sont francophones.

Cette hégémonie écrasante n’a aucun équivalent sur le marché européen. Les ventes de disques en Allemagne et au Royaume-Uni (les deux principaux territoires du Vieux Continent) mais aussi en Espagne et en Italie se ventilent entre beaucoup plus de genres. Certes, pas moins de six rappeurs allemands se sont incrustés dans le top 20 albums en 2018, Bonez MC et Gzuz occupant les deuxième et troisième places, mais le hip-hop germanique est ralenti dans son expansion par la popularité du redoutable Schlager, l’équivalent allemand de la variété, et quelques rockeurs. Au Royaume-Uni, le top 20 se distingue par son éclectisme : les couleurs des musiques urbaines sont portées par un seul rappeur britannique, Rag’n’Bone Man, avec les Nord-Américains Drake, Post Malone et Eminem. Le reste du top se partageant entre vétérans (Rod Stewart), rockeurs (Arctic Monkeys), pop en tout genre (d’Ed Sheeran à Dua Lipa) et bandes originales de films. Même aux Etats-Unis, où le genre est né et dont le marché est lui aussi envahi par les rappeurs et leurs héritiers, la pop, la country et les différents visages du rock (voire la K-pop) leur disputent les meilleures places des classements.

Angelo Gopee, le directeur général de Live Nation France, qui cornaque des poids lourds comme Vald, confirme : «Il est plus facile de faire de la musique tout seul que de monter un groupe avec lequel tu vas répéter pendant des mois et des mois dans une cave, puis faire des tas de petits concerts pour espérer y arriver. La musique est le reflet de la société et, aujourd’hui, elle est hyperindividualiste. Les artistes le sont devenus aussi. Tu n’as plus cette culture de partage et de fraternité qui pouvait exister avant dans le hip-hop, avec des groupes comme IAM, NTM, Assassin, Ministère A.M.E.R., etc. Aujourd’hui, il y a beaucoup moins de groupes et plus de DJ et de rappeurs solo.»

Suite de l’article et beaucoup plus d’analyse dans Next Libération : https://next.liberation.fr/musique/2019/11/15/la-france-royaume-des-musiques-urbaines_1763647



Catégories :Infos générales, Réflexion

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