COVID-19

Belgique : TOUS DANS LE MÊME BATEAU : LA SCÈNE MUSICALE BELGE IMAGINE L’APRÈS-CONFINEMENT

AU LENDEMAIN DE L’ALLOCUTION QUI SUSPEND LES GRANDES MESSES CULTURELLES JUSQU’AU 31 AOÛT, LES FESTIVALS ET SALLES DE CONCERTS DE TAILLE PLUS RÉDUITE FONT ENTENDRE LEUR PROPRE RÉALITÉ CONFINÉE.

Les Aralunaires font partie de ces festivals dont on a peu parlé dans les médias, préférant prendre en exemple les mastodontes belges de l’industrie comme Tommorowland, Rock Werchter ou Dour, dont les pertes sont forcément colossales. Mais 10 000 autres évènements culturels sont impactés par  l’obligation de rester chez soi, selon l’agence de communication BeCulture. Le secteur est donc le deuxième plus touché par la crise sanitaire après l’horeca, d’après l’Economic Risk Management Group. La baisse totale des recettes pour le secteur serait de 74%. Et dans la tempête, petits et grands opérateurs sont sur le même bateau. À l’heure actuelle, les Aralunaires ne peuvent pas encore chiffrer le coût de leur annulation. Mais pour l’Entrepôt, la salle de concerts arlonaise, ce sont entre 50 000 et 60 000 euros de chiffre d’affaires qui s’envolent pour la fin de la saison 2019-2020. Des recettes touchées donc, surtout, tandis que la plupart des emplois de l’organisation sont protégés par des aides telles que le programme APE. Mais « le secteur culturel qui s’arrête, c’est aussi la fin de certaines retombées indirectes pour l’économie locale : ce sont des chambres d’hôtel qui ne sont pas louées, des traiteurs qui ne sont pas sollicités, des agents de sécurité qui ne sont pas engagés… », décrypte Frédéric Lamand.

De son propre aveu, le KulturA est une structure encore jeune et fragile. Principalement autofinancée, sa perte de recettes de 25 000 à 30 000 euros par mois a un impact considérable, notamment sur sa capacité à payer son loyer. « On a la chance de ne pas avoir un propriétaire banal, qui est la société coopérative Dynamo Coop. Elle comprend la situation et se montre pour l’instant patiente. Mais on ne sait pas très bien combien de temps il sera possible pour elle de fonctionner de la sorte ». Plus que le lieu, ce sont ses prestataires qui sont le plus durement touchés par l’absence d’évènements. Privés de revenus, ces travailleurs de l’ombre, souvent indépendants ou sans statut, doivent compter sur leurs maigres économies et beaucoup de courage.

Ça remue le souvenir de la période post-attentat », se souvient François Custers, directeur artistique musical de l’Atelier 210, une salle de spectacle bruxelloise. « On a dégusté pendant longtemps et je pense qu’on peut déjà raisonnablement dire que le corona annonce des répercussions bien plus graves »

Des perspectives douloureuses

Car le secteur a déjà le regard tourné vers l’avenir. Et il n’est pas serein. « Le confinement a été relativement simple : il suffisait de fermer la porte et de s’arrêter. Par contre, le déconfinement va être bien plus compliqué. Ce qui est important pour nous, c’est d’être prévenus suffisamment en amont et de manière claire de la procédure qui finira bien par être mise en place », demande donc Frédéric Lamand de l’Entrepôt. Il énumère les difficultés qui seront alors les leurs : d’abord, « la concurrence folle entre les structures : beaucoup ont été forcées de reporter leurs dates et il risque d’y avoir une saturation de l’offre. On vise déjà tous la prochaine rentrée ». Une crainte justifiée par la reprogrammation des Nuits Botanique en octobre, notamment. « Une autre difficulté, ça va être la crainte pour le public de se retrouver à nouveau ensemble dans une salle. Psychologiquement, ça ne va pas être simple. La troisième conséquence négative pour nous, c’est la diminution inévitable du pouvoir d’achat. Pour moi, c’est là qu’on va souffrir. C’est l’après qu’on craint donc le plus », confesse le Gaumais.

Des inquiétudes qui concernent tout le secteur. « La notion de petit ou grand acteur n’a plus vraiment d’importance. On se rend compte que tout le monde est dans la même galère. La question, c’est juste le nombre de zéros. Pour certains, ce sont des millions en jeu, pour d’autres des centaines de milliers d’euros. Les problèmes sont les mêmes, mais à une échelle différente », explique Jean-François Jaspers du KulturA. Pour l’instant, tous tendent vers une certaine solidarité. Mais à nouveau, c’est dans « l’après » qu’elle pourrait être fracturée. « Il faudra rester vigilant sur le long terme, pour qu’à un moment, certaines mesures ne bénéficient pas davantage à certains. Il ne faudrait pas qu’il n’y ait que les gros qui soient soutenus, et qu’on oublie les autres : on représente aussi des incubateurs, avec une plus petite économie certes, mais qui sont importants pour toute une scène musicale. » À l’Atelier 210, François Custers appuie : «  Il faut bien réaliser que les artistes émergents vont être les premiers sacrifiés. Avec l’ensemble des reports et un contexte saturé, la tendance va évidemment aller à la prise de risque minimale, en tablant majoritairement sur les têtes d’affiches avec des taux de remplissage garantis. Il est primordial que nos discussions se concentrent en grande partie sur les moyens créatifs qui pourraient être mis en place pour soutenir nos artistes en ces temps difficiles, et ainsi révéler la valeur de nos principes face à l’adversité. Je pense que la force de ce message peut résonner bien au-delà des mois à venir et permettre de reprendre l’ascendant dans le combat pour la visibilité de nos artistes en Fédération Wallonie Bruxelles ».

Extraits de l’article (en entier ci-après) d’Elisabeth Debourse sur le site de Court-Cricuit : https://www.court-circuit.be/conseil/tous-dans-le-meme-bateau-la-scene-musicale-belge-imagine-lapres-confinement/

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