COVID-19

Réflexion : Un plan de résilience coopératif pour le spectacle vivant musical (Philippe Astor)

La crise sanitaire a révélé les nombreux territoires laissés encore vierges ou en friche par le spectacle vivant musical sur Internet, qui peuvent constituer pour lui des voies de résilience.

Le déconfinement peut durer très longtemps, avec de possibles vagues de rebond épidémique à gérer. Les rassemblements de personnes, dans les stades ou les salles de spectacles, qui ont été les premiers interdits, ne seront à nouveau autorisés qu’en dernier lieu – c’est à dire quand l’épidémie sera réellement maîtrisée, et que le risque de rebond sera totalement levé, ce qui peut prendre 12 à 18 mois s’il faut attendre un vaccin. Le spectacle vivant de musique en serait terriblement impacté. La plupart de ses acteurs, parmi lesquels des milliers de TPE et PME et des centaines de festivals, sont déjà en danger de mort à plus ou moins brève échéance.

Avec l’interdiction des concerts et des festivals, qui sont la principale source de revenus des artistes, en même temps qu’une source de droits d’exécution publique importante pour les auteurs-compositeurs et leurs éditeurs, le coeur de la création musicale est touché de plein fouet par la crise sanitaire. Tout l’écosystème du spectacle vivant de musique, qui est son lieu d’expression authentique et privilégié, se retrouve aujourd’hui à l’arrêt, et menace de s’effondrer purement et simplement si la machine ne se relance pas très vite.

Les éléments développés par Philippe Astor sur son blog Musiczone : https://bit.ly/2yQdSrW

  • L’incertitude du retour aux affaires
  • Des terrains du “live” encore en friche
  • Mettre en oeuvre une politique de captation systématique
  • Favoriser la création de nouveaux médias du live
  • Créer un registre distribué des contenus live
  • Jeter les bases d’une nouvelle économie coopérative (texte développé ci-dessous)

Contrairement à la musique enregistrée en studio, qui a dû adapter un système de gestion des droits lourd et complexe au nouvel environnement du numérique, le live streaming, contenu hybride à la croisée du live et de la musique enregistrée, peut partir d’une feuille blanche pour fixer toutes les règles et les modalités de son exploitation, ce qui lui donne un bien plus grande latitude.

L’enjeu est de mobiliser sur une base coopérative, à l’échelon local et national, le plus large éventail d’acteurs susceptibles d’être impliqués : acteurs des musiques actuelles (diffuseurs et promoteurs locaux, producteurs de spectacles, festivals, tourneurs, labels, managers, associations), de l’audiovisuel (techniciens, réalisateurs, producteurs, journalistes, studios, loueurs, collectifs, prestataires), du numérique (développeurs, start-up, incubateurs, etc.) ; mais aussi diffuseurs partenaires (télévisions locales et nationales, radios, opérateurs mobiles, plateformes de streaming audio et vidéo, sites Web, FAI), lieux de diffusion physiques (bars musicaux, cinémas, théâtres, restaurants…), partenaires financiers (mécènes, marques, sponsors, investisseurs, collectivités locales) et institutionnels (sociétés de gestion collective, CNV, syndicats de producteurs, DRAC…).

Cette mobilisation peut reposer dans un premier temps sur la constitution d’une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) réunissant une dizaine de collèges de sociétaires représentant les différents types d’acteurs impliqués. Le recours aux technologies de blockchain peut permettre une administration transparente et décentralisée de cette coopérative, sur le modèle des D.A.O. (organisations autonomes décentralisées). Particulièrement adaptées au développement d’écosystèmes participatifs autogérés, en mettant notamment en oeuvre des systèmes de vote électroniques pour la prise de décisions, les D.A.O. peuvent rendre beaucoup plus efficiente, émancipatrice et créatrice d’opportunités et de valeur la coopération entre acteurs économiques, associatifs et institutionnels à une échelle locale ou territoriale.

L’intégration native de technologies de blockchain peut également permettre de mettre en oeuvre des solutions de stockage distribué et hautement sécurisé des contenus du live, de partage de leurs métadonnées et de leurs données d’utilisation (big data), de billetique augmentée (y compris pour la diffusion de concerts en direct sur Internet) ou de controle d’accès. C’est tout un écosystème post-carbone alliant innovation, nouveaux usages et tradition qu’il est possible de développer, sans négliger de s’appuyer sur des leviers de développement territoriaux et décentralisés. De quoi faire émerger une véritable industrie du live streaming, de nouvelles expériences, de nouveaux usages et de nouveaux services, à même de rendre l’économie du spectacle vivant musical un peu plus résiliente.

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