COVID-19

C’est quoi la réalité d’une salle de spectacle privée (450 places) à Paris actuellement ?

Article de Sourdoreille : https://bit.ly/3cTRyw7

Comment les employeurs de nos artistes préférés s’en sortent actuellement ? Pour répondre, en petite partie à cette question, on s’est entretenu avec Laurent Decès, directeur de la barge Petit Bain, à Paris 13ème. Concerts, clubs, solidarité en faveur des défavorisé·e·s… Le lieu parisien coche beaucoup de cases d’un lieu utile à son territoire et ses gens. On en profite pour voir un peu au-delà de cet étrange printemps, qui risquerait bien de laisser la place à un problème systémique plus profond, à moins que notre secteur musical et les pouvoirs publics ne prennent le problème, vraiment, à bras le corps.

Au 21ème siècle, la principale manière pour un artiste de gagner son pécule, c’est de faire des spectacles. On est en ce cas en droit de se demander comment les premiers intéressés vivent l’arrêt total de leur activité. Festivals, salles de concerts et donc artistes s’apprêtent à vivre la plus douloureuse période jamais connue. Alors oui, tout le monde trinque. Mais qui trinque comment ? Qu’ils soient indépendants, largement subventionnés par les collectivités, appartenant à des groupes, ou uniquement vouée à la location, on peut imaginer que les différents festivals et salles ne doivent pas vivre le même confinement. Et que dans quelques mois, le futur de notre culture et de ses petites mains sera transformé.

Il existe d’ailleurs un cas très préoccupant. Certaines salles de concert sont privées, c’est-à-dire qu’elles ne touchent, à peu de choses près, quasiment pas de subventions publiques. Si on ajoute à cela qu’elles sont indépendantes et suivent un projet culturel et social qui leur est propre, alors il y a de quoi leur souhaiter bien du courage.

Dans ces salles à défendre ardemment, on peut compter sur l’établissement flottant du 13ème arrondissement de Paris, Petit Bain, situé sur les Quais de Seine. La barge est exploitée par une coopérative au projet fantastique, fascinant en tous points, œuvrant pour l’intérêt général et l’émergence sans cesse renouvelée de la création.

Avec son directeur Laurent Decès, on essaie de tirer une photographie du moment présent tout en prenant du recul sur les conséquences à long terme de la crise sur le spectacle vivant, et des réflexions profondes à avoir sur les musiques actuelles. Repenser notre monde semble, plus qu’une lubie d’idéaliste, la forme de survie collective la plus sensée. Parce que dans un secteur où tous ses acteurs sont liés, personne ne s’en sortira seul.

Quelques extraits de l’interview disponible dans le lien ci-dessus.

Quelles sont les répercutions directes de la crise sanitaire et du confinement sur l’activité de Petit Bain ?

Les différentes mesures qui ont été prises par le gouvernement entraînent l’arrêt total de l’activité puisqu’on ne peut plus accueillir de public, donc plus de concerts, plus de clubs, plus d’actions culturelles. Par ailleurs, dans notre modèle, il y a toute l’activité bar – restaurant qui permet aussi de financer l’activité. L’impact, il est maximal. Pour te donner quelques chiffres, entre le 13 mars et le 30 juin, on a à peu près 130 événements qui sont annulés et reportés. C’est vraiment conséquent. La crise a un double impact : d’abord un impact économique direct, parce que les événements ne se tiennent pas ; et ensuite, un impact de temps, parce qu’on est mobilisés sur la gestion de ces 130 événements qui sont tous liés par un contrat dans lequel il y a un enjeu de relation avec un producteur ou un tourneur, en bout de chaîne des artistes qui sont concernés, français, internationaux.

Qu’est-ce qui est le plus compliqué dans la gestion de cette crise ?

Le plus difficile dans cette crise c’est qu’on n’a pas de visibilité claire. Quelque part, ça serait beaucoup plus simple d’avoir la certitude qu’à partir du premier septembre ça va être bon, plutôt que de presque savoir, 48h avant, que le 15 juillet c’est OK. On a bien vu le flou vécu par les festivals qui eux ont des logistiques vraiment importantes. Pour eux, c’est encore plus flagrant. Pour les salles de concerts aussi, il y a un minimum de préparation pour un événement, et on ne peut pas se retourner au dernier moment. Pour te donner quelques chiffres, même si c’est difficile à estimer pour la raison que je viens d’énoncer : si on fait l’hypothèse d’une réouverture de la partie bar – restaurant en juillet, avec une reprise progressive de l’activité, on perdrait 70% de notre chiffre d’affaires annuel en raison de la crise. Ça représente plus d’1,5 millions de perte de chiffre d’affaire. En terme de marge nette – la marge perdue et qui va impacter directement les comptes de Petit Bain en fin d’année – c’est au-delà de 300.000 euros, donc c’est monstrueux.

Est-ce que les mesures prises, ou en prévision d’être prises par le gouvernement te semblent suffisantes pour pallier le désastre ?

Ben non. Pas du tout. Pour le moment, on a surtout vu des mesures qui concernent toutes les entreprises, mais je n’ai pas vu de plan spécifique aux musiques actuelles. Alors certes, le Centre National de la Musique (CNM) a mis en place un fonds d’urgence qui doit  répondre à des situations de tension de trésorerie à court terme. Il a été imaginé pour des petites structures qui dépendaient beaucoup de leurs fonds propres, comme nous. On est allé chercher cette aide, qu’on a obtenue. Ça a permis de sauver un certain nombre de structures, et il a eu le mérite de sortir très vite. Mais ça c’est vraiment sur le court terme, dans l’urgence. Ce qui va à mon avis être important, ce qu’on espère, c’est que d’autres mesures vont suivre et plus spécifiques à la culture et aux musiques actuelles, et vont permettre d’accompagner tous les acteurs et les professionnels dans la reprise de leur activité. Ce qu’on est en train de vivre aujourd’hui, c’est l’état de choc, brutal, aux conséquences à court terme. Mais à moyen terme et à long terme, on aura des difficultés beaucoup plus ancrées. C’est là où on va devoir compter sur la puissance publique pour qu’elle aide les acteurs à relever le défi de leur redressement, qu’elles soient en capacité de soutenir l’emploi, etc.

Pour rappel article complet consultable sur le site de Sourdoreille : https://bit.ly/3cTRyw7

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