COVID-19

Suisse : La difficile partition des musiciens romands

Les mesures d’aide contre le Covid-19 imposent des critères stricts à un métier aux contours flous et à l’économie souvent bricolée. Les mauvaises surprises sont légion. (par François BARRAS) : https://bit.ly/2WwOcd0

A l’image de la chanteuse Phanee de Pool, les musiciens romands ont vu leur activité stoppée net depuis mi mars, et pour de longs mois encore.

Florian Cella

Privé de concert, retenu chez lui, le musicien romand compose un peu, s’ennuie beaucoup… et joue au ping-pong. Un e-mail au Service des affaires culturelles, et retour. Un coup de fil à la hot-line Coronavirus, et retour. Une demande sur le site de la Confédération, et retour. Un dossier adressé au fonds d’indemnisation cantonal… et la balle est renvoyée aux caisses de compensation de l’AVS, pour une nouvelle partie. La plupart s’accrochent, certains lâchent l’affaire, dépités, avant d’y revenir: il faut bien manger.

Depuis deux mois, la crise qui frappe le secteur de la musique est totalement inédite par son ampleur et sa radicalité. Dans le monde, plus aucune salle ouverte, plus un seul concert, nulle tournée internationale, et cela sans doute pour une année encore.

Le musicien «professionnel» est condamné à se produire depuis chez lui, grappiller l’aumône de quelques astuces sur le web, du type concerts privés, guetter le versement de ses droits d’auteur ou une commande de projet multimédia réalisable depuis son salon.

Mais dans une configuration où la musique enregistrée ne rapporte plus un sou et où le live est devenu l’alpha et l’oméga d’une industrie florissante et interactive, l’interdiction des foules est un cauchemar absolu qui prive le musicien de pratiquement tout revenu.

Train de mesures

En Suisse, un train de mesures a été mis en place le 20mars par la Confédération. La culture au sens large a reçu 280 millions de francs sur les 40 milliards mis à disposition. Chaque Canton a perçu une partie de cette manne fédérale à laquelle il ajoute une contribution propre: jusqu’au 20mai, Vaud a ainsi débloqué un total de 39millions de francs en faveur du secteur culturel.

Pour les musiciens estampillés «acteurs culturels» et pouvant justifier de 50% de leurs revenus par l’exercice de leur art, cette somme recouvre une aide d’urgence (à réclamer à la Confédération via Suisseculture Sociale) et un fonds d’indemnité à hauteur de 80% des pertes pour prestations annulées (à demander au Canton).

Mais attention! L’une et l’autre sont subsidiaires des mesures concernant l’économie en général, avec en premier lieu l’allocation perte de gain pour indépendants (APG, s’adresser à sa caisse de compensation). Les nombreux étages du gâteau ne sont pas simples à comprendre; la situation de crise et les multiples interlocuteurs n’ont pas aidé à le rendre digeste.

«C’est kafkaïen», résume dans ses e-mails un pianiste bien connu de la région lausannoise. En pièce jointe, il livre le puzzle effectivement labyrinthique de sa correspondance avec une dizaine d’instances et de ses dossiers dont il a dû modifier le format informatique selon les interlocuteurs. «J’ai l’impression qu’on veut décourager les petits artistes qui n’ont pas de quoi se payer ni un juriste ni une secrétaire.»

Face à cette complexité, une task force s’est créée entre les clubs nationaux (l’association Petzi), les artistes (Fondation CMA) et les labels indépendants (IndieSuisse). «Nous avons passé notre première réunion de deux heures à essayer de comprendre quelque chose, alors que nous sommes de la partie, reconnaît le Lausannois Christian Wicky, pour IndieSuisse. Je conçois que des musiciens qui – avouons-le franchement – sont souvent des billes en gestion administrative, se sentent désemparés face à cette situation.» Et de poursuivre: «C’est d’autant plus complexe que leur métier, en Suisse, est une zone grise. En dehors de certains styles comme le classique et le jazz, ce sont en général des semi-pros avec des petits boulots à côté, des petits cachets et une certaine tendance à ne pas tout déclarer. Ils font en revanche vivre un vaste écosystème très professionnel: agents, promoteurs, clubs, festivals, studios d’enregistrement, etc.»

Suite de l’article : https://bit.ly/2WwOcd0

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s