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Belgique – réflexion – Lettre aux jeunes artistes : la crise de la culture doit se muer en une culture de la crise

Une opinion de Sébastien Biset et Sébastien Lacomblez Traumnovelle pour TERRE, un réseau international d’artistes, architectes, historiens, philosophes, économistes, chercheurs en sciences du vivant, enseignants et amateurs éclairés convaincus de la nécessité d’une culture et d’arts réellement contemporains, c’est-à-dire répondant aux enjeux de leur époque selon la logique systémique.

Personne mieux que vous, artistes, ne peut avoir l’intuition du monde à créer. À tous ceux qui, avec un dévouement passionné, cherchent de nouvelles poétiques et économies d’existence, s’ouvre un temps opportun de crise. Ce temps est vôtre, pour autant que vous apparaisse l’évidence : la crise de la culture doit se muer en une culture de la crise.

Pour cela, il vous faut briser plusieurs représentations normatives, ces vues de l’esprit qui structurent notre appréhension de la réalité, aussi ancrées soient-elles ; peut-être sont-elles votre premier obstacle, elles qui déterminent nos modes d’être, d’agir, de (faire) circuler, de produire et d’user. (extraits d’un article complet que vous pouvez suivre en cliquant sur ce lien : https://bit.ly/2ZQnhv2

La crise et l’art

Retrouvez premièrement le juste sens de la « crise ». Que ce terme ne vous effraie : krisis désigne votre jugement, votre capacité de discernement en un moment décisif. Ce moment, saisissez-le, cueillez l’opportunité d’inventer la vie qui vient. Car la nature qui se pense et se domestique (ce que nous appelons la culture) a tiré de ses observations cette leçon : il vient des moments où le vivant s’adapte ou disparaît (sous une forme donnée). La culture n’étant rien d’autre qu’un évènement de la nature (l’une de ses manifestations, remarquablement complexe), elle en partage le sort, la fluctuation, le mouvement. Dans ce contexte de nécessaire résilience, la capacité d’invention est une formidable ressource dont dispose l’humain ; elle lui permet de projeter et de réaliser. Elle conçoit et œuvre. Ce pouvoir de poièsis (de création) est le propre de votre activité, qui relève d’un art.

La deuxième représentation qu’il vous faut mettre en question tient précisément à la compréhension même de ce terme : « art ». Celui-ci, rappelons-le, fut d’abord un moyen, dans son sens premier (arstekhnè, la « technique », la « manière de faire »), une pratique (et la manière de l’exercer – le style) au service d’une fin, qui la dépasse : il est la maîtrise de techniques capables de faire advenir ce qui n’est pas encore (le projet). Ainsi en va-t-il des métiers d’art qu’ont pratiqués et transmis les artistes/artisans de l’Antiquité au Moyen Âge – dans une hiérarchie distinguant les arts libéraux (arts de l’esprit, intellectuels et scientifiques) des arts mécaniques (arts de la main et de la matière). Pour l’artiste de la Renaissance, dessiner le monde, c’est le concevoir, le modéliser, l’architecturer (ordonnancer, construire), l’informer (to design) : cette activité contient un projet, un dessein. Plus récemment, au siècle dernier, l’art s’est focalisé sur cette interprétation de l’art comme idée, comme concept, dématérialisant cette activité qui dès lors put s’informer tant dans un objet que dans une démarche, un geste, une attitude. Que nous apprend cette histoire de l' »art » ? Elle rend compte de son évolution, l’Histoire agissant comme un entonnoir lexical ayant réduit l’acception première du terme (tekhnèars, ou l’ensemble des règles d’une opération – il y a en ce sens un art pour toute chose) à une signification limitée : l’art désigne aujourd’hui un certain genre d’ouvrage, produit en un certain monde de l’art, participant d’une plus large culture. Tout art, néanmoins, impliqua en son temps un savoir et un faire, au service d’une fin extérieure ou de sa propre cause.

Qui êtes-vous ?

Ceci nous amène à poser cette question, fondamentale : qui êtes-vous, artistes de ce XXIe siècle, et quel est votre projet (c’est-à-dire à quelle fin tendent vos savoir-faire, vos ars) ?

Suite de l’article de la carte blanche dans La libre Belgique : https://bit.ly/2ZQnhv2

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