Infos générales

France : “Il y a une crise de confiance de la part des clients et des producteurs, qui va peut-être redéfinir la manière dont on fait de la billetterie en France…” – Matthieu Drouot, DG de Gérard Drouot Productions

Alors que la France continue de se déconfiner, le secteur du spectacle et des loisirs, et notamment les services de billetterie, sont encore en plein milieu de la crise. Pour continuer notre série d’interviews exclusives dédiées au secteur, nous avons rencontré Matthieu Drouot, directeur général de Gérard Drouot Productions. Il est revenu avec nous sur les événements de ces 4 derniers mois, sa relation avec les distributeurs et sa vision de la filière billetterie avec un seul mot d’ordre : il faut reprendre les concerts le plus vite possible. 

Extraits de l’interview de Ma Gestion Billetterie : https://bit.ly/3fGqUIF

Comment gérez-vous la relation avec les publics sur les annulations, les reports et le remboursement des billets ?

Nous vendons directement nos billets sur notre site Internet. On nous écrit beaucoup sur les réseaux sociaux, qui sont beaucoup plus chargés que notre bon vieux standard téléphonique ! Nous essayons de répondre au maximum aux questions qu’on a et nous remboursons toutes les personnes qui en font la demande.

Comment se passe la gestion des remboursements des billets ?

Nous n’avons pas pu le faire pendant le confinement : les équipes en télétravail n’avaient pas le matériel de billetterie nécessaire. D’ailleurs, nous devons récupérer les billets avant de les annuler et d’effectuer le remboursement. Depuis le 11 mai, nous avons rouvert progressivement notre bureau, et nous traitons toutes les demandes.

Notre part de marché sur la billetterie peut représenter jusqu’à 25% selon les concerts, parfois même plus. Sur un concert comme celui de Peter Frampton à l’Olympia, nous avions vendu plus de 1000 billets dont 300 nous-mêmes, on en a remboursé aujourd’hui plus de 90%.

D’habitude, je regarde deux fois par semaine ce qui se vend, via notre solution de pointage Pims. Maintenant, je regarde ce qui se rembourse…

Avez-vous décidé de proposer des avoirs en plus de remboursements ?

Le système d’avoirs n’est pas très compatible avec GDP : nous produisons beaucoup d’artistes et de spectacles différents. L’avoir peut être utile pour un spectacle de longue durée, mais je ne me vois pas proposer un avoir sur une place de Queen & Adam Lambert, pour aller voir un autre concert, ça ne me paraît pas cohérent.

Avec vos partenaires de vente en billetterie, comment se passe la gestion des remboursements et des reports ?

Malheureusement, c’est plus compliqué. Ticketmaster a plutôt bien géré : même si ça appartient désormais à Live Nation, l’ADN de Ticketnet se ressent encore dans leur processus.

Néanmoins, il y a une vraie crise chez France Billet : je vois énormément de commentaires de clients, sur nos spectacles et ceux des confrères sur les réseaux sociaux, qui se plaignent de ne pas avoir de réponse, en commentaire ou par téléphone. On est au néant du service client. France Billet nous a averti que la plateforme de remboursement avait eu des soucis, mais que tout avait été remis en place : je n’en vois pas les résultats aujourd’hui.

Chez GDP, nous avons une position simple : cela fait trois mois que le confinement a été prononcé, un mois que le déconfinement a commencé, et comme les remboursements ne sont pas lancés, nous réclamons à France Billet de nous verser toutes nos recettes et nous gérerons nous-même les remboursements.

Nous avons des acomptes de billetterie avec France Billet, environ 2/3 nous ont été versés en amont : France Billet nous doit donc de l’argent et ne rembourse pas les clients. Et même pire que ça, ils nous demandent de renvoyer davantage d’argent, en expliquant qu’ils n’ont pas assez de trésorerie pour rembourser les clients d’une séance particulière. Sur la globalité des ventes de billets de GDP, France Billet a plus de 2 millions d’euros de trésorerie qu’ils pourraient pourtant utiliser ! Nous avons réclamé nos recettes, et ils ont 8 jours pour les verser. Certains confrères veulent assigner France Billet, et si je ne récupère pas nos recettes, j’en ferais de même. 

A France Billet de prouver qu’il est capable de rembourser : il y a une crise de confiance de la part des clients et des producteurs, qui va peut-être redéfinir la manière dont on fait de la billetterie en France…

Avec ce contexte, quel regard portez-vous sur le secteur de la billetterie en France ?

Ce qu’on a vécu et ce qu’on vit en cette période, c’est une crise de billetterie, puisque les billets ne se vendent plus. Le sujet des remboursements est important, celui de la relation entre un producteur et ses partenaires aussi.

Le public a besoin de sérieux et de professionnalisme de la part des revendeurs. C’est très grave ce qu’il se passe pour l’ensemble de l’écosystème : quand France Billet ne traite pas bien ses clients, c’est toute la chaîne qui est impactée. Le client ne fait pas forcément la différence entre les revendeurs, il va seulement retenir qu’il a acheté une place et qu’il n’a pas été remboursé. La situation crée une crise de confiance à tous les étages et il faut espérer que cela se résolve vite. Je crois que France Billet paie aujourd’hui des années de mauvaise gestion et ce qui est en jeu, c’est son avenir dans le spectacle.

On a vu depuis quelques années une tendance chez les producteurs, qui souhaitent retrouver en autonomie sur la partie billetterie. Vous avez fait le pari d’avoir votre propre canal de vente, quel bilan en faites-vous à cette période ?

Le marché a déjà beaucoup évolué, et depuis les années 90, plein de nouveaux acteurs sont arrivés sur le marché. Par exemple, sur un concert de Queen & Adam Lambert à Bercy, tous les réseaux ont été abondés de la même manière sans aucune prévente : la salle a vendu 32% de billets, Ticketmaster 29%, GDP 21%, la Fnac (France Billet) 15% et See Tickets (Digitick) 2%. Mais ça dépend des séances, parfois la Fnac peut représenter 40% des ventes. 

Mais on ne commercialise pas toutes nos séances : il y a encore de vieux contrats en vigueur dans certaines salles, où même si c’est le producteur qui prend le risque, il n’a pas le droit de commercialiser son propre stock de billets. Ce modèle a vocation à changer, et chez GDP, nous demandons à toutes les salles avec qui nous travaillons de nous laisser gérer la billetterie. Cette crise met en lumière que la billetterie est un sacré métier, beaucoup plus proche, en termes de prise de risque quotidienne, de la production de spectacles que l’exploitation de salles.

En fait, le cœur de métier d’un producteur, c’est de vendre des billets, et la filière a laissé des intermédiaires s’en charger. La digitalisation a aggravé le phénomène. Dans l’idéal, il faudrait qu’il y ait, dans ce cas, un contrôle des recettes plus sérieux, et même qu’on nous achète les billets d’avance, même si je n’y crois pas trop. Le rapport de force s’est renversé : certaines salles et distributeurs ne versent les recettes qu’après que la séance ait eu lieu. 

Le versement des recettes après la séance est en effet lié à la nature du contrat avec le distributeur. Souhaitez-vous changer de contrat à l’avenir ?

Nos contrats ont plus de 15 ans, et on commence à les re-travailler, c’est un vrai besoin. Il y a un vrai problème philosophique aujourd’hui sur la propriété de la recette et des data, qui appartiennent, dans le cadre d’un contrat opaque, aux distributeurs et salles. Quand on a un peu de poids, on peut avoir accès aux datas et à des acomptes. Et je n’imagine même pas ce que doivent vivre des plus petits producteurs à qui on demande de tout avancer et de n’encaisser qu’en dernier.

Compléments et lecture complète : https://bit.ly/3fGqUIF

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s