COVID-19

Vu du Canada : Le soutien aux artistes est essentiel pour retrouver une vie culturelle dynamique après le coronavirus

Les artistes sont essentiels pour l’avenir que nous imaginons au-delà de la pandémie COVID-19.

La vitalité des sociétés dans lesquelles nous souhaitons revenir est en grande partie due au fait qu’elles sonnent et semblent vibrantes, parce qu’elles sont pleines d’artistes qui s’épanouissent et partagent la musique dans divers cadres.

Qui n’a pas manqué le son des gens qui sortent et se délectent de la société, de la culture et des arts – qu’il s’agisse du son d’un groupe qui se répand dans une rue la nuit ou du son d’amis qui se réunissent avant un concert ? Si notre société est si vivante, c’est en grande partie parce qu’elle est imprégnée du travail des artistes et des musiciens.

Comme l’écrit le musicologue Julian Johnson dans son livre Who Needs Classical Music ? la musique facilite « une relation à un ordre de choses plus grand que nous-mêmes ». Grâce à la musique, le moi, écrit-il, « en vient à se comprendre plus pleinement comme une identité plus grande et transsubjective ».

Ces mots, qui évoquent l’unité, la communauté et l’expérience partagée, sont devenus encore plus puissants dans cette étrange période d’isolement et de solitude. Dans sa capacité à nous rassembler pour écouter et vivre ensemble, la musique en direct est un marqueur et un facilitateur crucial de la communauté.

24 300 $ canadiens de revenu annuel (16.000 €)

Si nous examinons un domaine artistique particulier, celui des artistes classiques (tels que les musiciens classiques, les chefs d’orchestre ou les chanteurs d’opéra), nous savons que même avant l’âge de COVID-19, ces artistes avaient du mal à subvenir à leurs besoins financiers.

Bien que la culture ait contribué à l’économie canadienne à hauteur de plus de 53 milliards de dollars en 2017, le revenu individuel médian des artistes canadiens était de 24 300 dollars, soit 44 % de moins que le revenu médian de l’ensemble des travailleurs canadiens (43 500 dollars).

Seuls les artistes disposant d’un privilège économique peuvent se permettre la précarité de l’économie du spectacle, et les données sur les revenus suggèrent que le privilège des blancs et des hommes atténue également sa dureté. Selon les données du recensement canadien de 2016, les artistes féminins, autochtones ou issus de communautés racialisées déclarent des revenus médians encore plus faibles.

Cette année, de nombreux artistes ne gagneront même pas autant : entre février et mai, par exemple, près de 200 000 travailleurs des secteurs de l’information, de la culture et des loisirs ont perdu leur emploi

L’économie du spectacle


Beaucoup de ces artistes travaillent dans l’économie du spectacle et, par conséquent, ont vu leurs revenus s’évaporer – des revenus précieux qu’ils ne peuvent pas se permettre de perdre. Bien que de nombreux musiciens soient frustrés par la crise créée par COVID-19, ceux qui travaillent dans les arts étaient déjà en crise. Rapidement et brutalement, l’ère de COVID-19 n’a pas créé, mais plutôt amplifié, la nature précaire du travail créatif dans notre pays.

Le financement de secours, tant gouvernemental qu’organisationnel, a été essentiel, tout comme des initiatives telles que le fonds de secours d’urgence COVID-19 de SaskMusic, l’initiative du fonds de secours Canada Performs et même le soutien d’artistes spécifiques à un secteur comme le fonds de secours d’urgence pour les artistes de l’opéra. Les arts devraient figurer en bonne place dans le plan de relance des infrastructures du gouvernement fédéral.

Mais alors que nous prévoyons de passer à des phases de moindre éloignement physique et que nous visons à reprendre certaines activités sociales et économiques (avec de plus grands rassemblements à l’horizon), nous devons continuer à réfléchir aux systèmes que nous construisons en vue d’accroître la stabilité des artistes du spectacle. La crise COVID-19 devrait servir de signal d’alarme. Notre caractérisation de longue date de l’artiste en difficulté et affamé doit changer.

La réponse idéale à cette crise artistique est celle qui inclut des réponses de divers secteurs : dans l’enseignement et la formation post-secondaires, dans les politiques et les structures artistiques, et dans le soutien financier que nous offrons à nos artistes.

Crise politique


Tout d’abord, la crise actuelle a une fois de plus mis en lumière la nécessité pour les artistes classiques contemporains d’être polyvalents. De nombreuses études récentes révèlent que les artistes canadiens formés dans le cadre de programmes musicaux de niveau postsecondaire doivent construire ce que l’on appelle des carrières « portfolio », qui englobent effectivement des travaux provenant de divers domaines ou secteurs.

Étant donné que ces carrières sont souvent le fruit du hasard, il est grand temps de se demander comment elles pourraient être plus systématiquement intégrées dans les politiques et programmes éducatifs et culturels. Il faut apprendre aux artistes à penser de manière créative et passionnée, ainsi que de manière pragmatique et stratégique.

Mais la crise actuelle est aussi une crise politique. Elle met en lumière la nécessité de soutenir les artistes de manière plus complète et créative tout au long des différentes étapes de leur carrière. Il s’agit essentiellement d’imaginer des moyens de limiter la précarité de l’économie du spectacle qui, peut-être de manière surprenante, caractérise les carrières des artistes, même les plus haut placés, qu’ils soient classiques ou non.

Travail garanti


Il existe des moyens éprouvés pour y parvenir. Dans toute l’Europe, par exemple, de nombreux chanteurs d’opéra chantent dans le cadre de ce que l’on appelle des contrats Fest, qui garantissent un travail dans cette maison d’opéra dans divers rôles au cours d’une saison donnée. Ce contrat s’accompagne d’un salaire mensuel, avec des avantages sociaux et une assurance maladie inclus.

Bien que cela ne soit pas possible dans le contexte canadien, des exemples comme celui-ci pourraient nous inciter à réfléchir de manière créative à la manière dont nous pourrions organiser les contrats, exploiter les réseaux et réimaginer les aides pour créer des opportunités à plus long terme pour les travailleurs culturels. Nous pourrions également repenser la mesure dans laquelle le public pourrait sous-payer les arts et les divertissements.

Alors que nous rêvons de nous reconnecter en personne, nous devrions profiter de cette opportunité pour une reconsidération collective de la politique artistique. COVID-19 nous a offert une occasion unique de reconstruire et de réimaginer un secteur culturel dynamique. Nous devons soutenir collectivement les artistes si nous croyons au soutien des arts.

Article en anglais paru dans The Conversation : https://theconversation.com/support-for-artists-is-key-to-returning-to-vibrant-cultural-life-post-coronavirus-138048

Auteurs

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s