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Réflexion : Pour une antifragilité des projets culturels

Publié par Benoît Labourdette. texte détaillé.. : https://bit.ly/3go7gl5 . Abstract ci-dessous.

Quelle méthodologie adopter pour construire des projets culturels qui aient la capacité d’apprivoiser l’incertitude, et ainsi s’ancrer plus profondément dans leurs objectifs ? Proposition d’appuis conceptuels pour aller vers des projets antifragiles, inspirée par la thèse de Nassim Nicholas Taleb, la philosophie de François Jullien et les études psychologiques d’Olivier Houdé.

État des lieux du secteur culturel post Covid-19

Il serait salutaire, a fortiori après l’épidémie Covid-19 en 2020 qui a amené à un confinement extrêmement destructeur pour les métiers de la culture (entre autres secteurs de la société), de questionner les méthodologies pour envisager de pouvoir rendre les projets culturels plus résistants face à l’incertitude.

Pendant cette période de confinement, il y a eu bien des innovations culturelles très inspirantes, qui perdurent : festivals de cinéma qui se sont réinventés en ligne, projets théâtraux à distance, danses ou musiques collectives par l’intermédiaire de la visiophonie, appels à création graphique, photographique, cinématographique, etc.

Alors, tout va bien ? Tout le monde a bien résisté ? Je ne suis pas sûr que ce soit l’avis d’une troupe de théâtre dont les tournées pour les deux prochaines années sont mises à mal par l’annulation du Festival d’Avignon, des salles de spectacle, de concert et de cinéma vides pendant de longs mois, des artistes animateurs des très nombreux ateliers de pratique artistique annulés, des auteurs, éditeurs et libraires… L’État et les collectivités sont intervenus en prolongeant d’un an l’assurance chômage des intermittents du spectacle, en mettant en place des aides spécifiques au spectacle vivant, au cinéma, aux arts plastiques, à la musique, aux musées, à l’édition, etc.. Ce furent des soutiens indispensables, c’est le rôle du bien commun. Ils ne furent sans doute pas suffisants en France, l’Allemagne par exemple ayant affirmé la centralité du secteur culturel en le soutenant à hauteur de 50 milliards d’euros après le confinement (en France c’est à peu près 100 fois moins). Mais qu’en est-il des causes de ce qui est apparu comme une extrême fragilité face aux contingences sanitaires ? Et la prochaine crise, imprévisible, sera sans doute d’une autre nature.

Je vous propose, en 6 étapes, des définitions de concepts qui serviront d’appuis solides, à mon sens, pour des pistes méthodologiques antifragiles dans le secteur culturel, c’est à dire qui permettent aux projets d’être en capacité d’exister et même de se renforcer dans des situations d’incertitude ou de stress intense.

1. La prévention des risques : une croyance limitante

2. Définition de l’antifragile, par Nassim Nicholas Taleb

3. Les missions des politiques culturelles

4. Antifragilité d’une approche résolument artistique et innovante de la culture

5. Une méthode : le travail du deuil

6. Un chemin semé d’embûches constructives

Se préparer à l’imprévisible pour en tirer profit, dans le secteur culturel, c’est adopter, collectivement et dans la structure des systèmes que l’on met en place, que ce soit le planning, la technique, l’organisation dans les équipes, le travail artistique, la communication, etc., une attitude de prise de distance, un temps de pensée moins réflexe, contre-intuitif, bref, une véritable algorithmie, qui passe par le partage des informations, allié à de l’autonomie dans les décisions.

La méthode pour adopter cette attitude, nous venons de le voir plus haut, c’est le travail du deuil, qui semble de prime abord plus lent, mais qui permet de construire dans le réel, et non dans le fantasme de ce que l’on a perdu et que l’on voudrait retrouver. L’enjeu est de réussir à se remettre au plus vite en prise avec le réel, qui vient de changer de façon imprévisible et irréversible.

Cela nous amène à des endroits que l’on n’avait pas prévus. C’est déstabilisant de prime abord, mais les projets culturels n’en seront que meilleurs, plus ancrés dans le réel, et répondant d’autant mieux à leurs objectifs initiaux, car ils auront su s’adapter à la réalité changeante.

Développer l’antifragilité dans la construction et l’exploitation des projets culturels, c’est choisir le chemin le moins facile, le plus risqué, le plus agile, le moins rassurant, un chemin d’innovations successives. C’est le chemin qui se heurtera au plus d’écueils, mais qui est garant que le projet en ressorte grandi et pérenne.

Choisir ce type d’approche a des impacts en profondeur sur les formes des projets artistiques, les méthodes de travail, la formation professionnelle, les attitudes de management, etc. Si cette démarche est très difficile, c’est surtout parce qu’elle implique d’accepter la perte d’une forme de pouvoir de domination, de maîtrise. Elle implique un changement de rapport au monde, qui va à l’encontre des idées majoritaires sur l’action et l’organisation efficaces. Ainsi, il arrive souvent que les personnes qui fragilisent le plus les projets en soient les dirigeants eux-mêmes (artistes, élus, directeurs, etc.), car lâcher leur pouvoir leur fait trop peur. Prendre ces risques est à mon avis la meilleure garantie pour construire des projets culturels ambitieux, qui rempliront pleinement leurs objectifs, dans notre monde incertain.

Ce texte est l’introduction à la méthode antifragile pour les projets culturels. Il sera suivi par d’autres textes qui développeront des propositions de terrain.

Publié par Benoît Labourdette. texte détaillé.. : https://bit.ly/3go7gl5

 

Catégories :Infos générales, Réflexion

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