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France – 90% des albums ne sont pas rentables : pourquoi continue-t-on d’en faire ? (Story par Noémie Taty sur Yard)

Le format album règne en maître sur l’industrie musicale alors qu’une grande majorité des albums produits par les majors ne sont pas rentables. Véritable proposition artistique ou format établi par défaut, cette prédominance interroge. Est-il toujours utile et pertinent de produire des albums ?

Long article à lire en suivant ce lien : https://yard.media/story/rap-francais-pourquoi-albums-projet-2020/ . Extraits ci-dessous. Analyse basée sur le rap français.

Deux réalités s’entremêlent : celle du public qui n’écoute pas forcément d’albums, et celle de l’industrie qui continue d’en faire. Les formats, pour beaucoup, sont souvent désuets. La preuve en est, selon une enquête anglaise réalisée par Deezer en 2019, 15% des moins de 25 ans n’ont jamais écouté un album entier de leur vie. Ces chiffres interpellent, sans être forcément surprenants, car ils assoient une réalité : l’écoute des albums est intellectuelle et générationnelle. On en écoute parce qu’on a grandi avec, et au fond, on reste attachés à ce format parce qu’on l’a connu. Ça peut et ça risque de se perdre, comme tout. Pourtant le regard n’est pas le même dans les labels, car les albums restent le cœur de l’industrie et le nerf de la guerre. À raison ?

Reste qu’en 2020, la plupart des artistes se s’embarrassent pas de toutes ces considérations. Ils semblent aujourd’hui plus attachés à l’idée de publier de nouveaux morceaux que d’assouvir les ambitions artistiques auxquelles répondent un body of work. Mais leurs nouveaux morceaux continuent de paraître sous forme de projets. Un rapport du SNEP paru en 2019 nous apprend pourtant que « 90% des albums produits par les majors n’atteignent pas le seuil de rentabilité ». Et c’est encore plus frappant que « seulement 10% des albums français sortis en 2018 dépassent les 50 000 exemplaires vendus ». Le rap se porte bien, mais les ventes rapportent moins et peu d’artistes peuvent réellement en vivre. Beaucoup s’en moquent, car ce sont les showcases et les concerts qui payent. Pas les albums. On peut en faire parce qu’on a envie, mais pas pour être riches. Dès lors, les albums ne sont plus des évidences. Mais ils s’inscrivent toujours dans une logique commerciale. « La question des albums est encore importante car on continue de vendre des albums et des CDs dans ce pays. Ce format compte encore pour des artistes », le rappelle Mehdi.

Les albums ne cessent de s’adapter aux usages des publics. Et quand ces usages évoluent, de nouveaux formats apparaissent, comme celui des albums-playlists. Il s’agit de projets conçus comme des compilations, qui répondent ainsi à une consommation actuelle et parsemée de la musique. Le meilleur exemple en la matière est sans doute Chris Brown. En l’espace de deux ans, il est passé de projets de quatorze titres (Royalty, 2015) à des double CDs de quarante titres combinés (Heartbreak on a Full Moon, 2017). La quantité de tracks permet de satisfaire une large palette d’auditeurs. Amateurs de R&B traditionnel, férus de rap, ou auditeurs pop, chacun peut y trouver son compte, et chacun le trouve. En bref, on mise sur la quantité pour plaire et vendre à tout le monde. Plus il y a de chansons, et plus il y a de marchés et de possibles.

Malgré tout, en France, le format album prédomine toujours, et les singles continuent de mener aux albums. Vieux modèle ou vieille industrie ? Il n’en existe pourtant pas d’autre chez nous. « La consommation a tendance à nous tirer vers du track by track et rend l’apparat de l’album désuet, suggère Pauline. Mais encore une fois, on a de très beaux contre-exemples, comme avec Ninho. Alors qu’on a beau consommer du track by track, in fine on finit par consommer l’intégralité de l’album. »

Pour autant, bien que l’appellation reste, il est peut probable que le format ne continue pas d’évoluer tellement il a autant besoin de gagner en pertinence que de redevenir rentable. À la place « d’albums », on peut imaginer la généralisation des compilations, playlists et autres formats hybrides : des albums évolutifs, dont les morceaux sont dès le départ ajoutés au compte-gouttes. Un album qu’on verrait grandir, qu’on découvrirait petit à petit et non via la livraison plus forcément digeste d’une quinzaine de morceaux d’un coup.

Il faudrait alors s’affranchir du diktat de la sortie physique qui, bien qu’en baisse au niveau des ventes, impose toujours ce format de livraison de musiques par lot – beaucoup moins de consommateurs iraient acheter un album physique dont ils connaitraient déjà tous les morceaux par coeur. Il faudrait aussi que les règles de comptabilité des ventes d’un album évoluent pour que la fameuse première semaine cesse de donner le rang d’un artiste et, par définition, son classement par rapport aux autres. Mais aussi parce que les règles de comptabilité sont pipées pour que « l’urbain », qui fait office de nouvelle variété, ne squatte pas davantage les bonnes places du top album : les 300 millions de streams enregistrés par Gambi avant la sortie de de son album ne comptent pas dans ses chiffres de vente, alors que ses tubes phares figurent dans la tracklist. Un non-sens qui est pour l’instant toléré, à défaut d’alternative.

Long Article à lire en suivant ce lien : https://yard.media/story/rap-francais-pourquoi-albums-projet-2020/ .

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