COVID-19

Belgique : En phase critique, la Nuit cherche son assistance respiratoire

Producteurs et DJ’s multiplient les apparitions live ou streamées, depuis quelques semaines. Mais cela ne devrait pas masquer la crise profonde et durable que traverse actuellement le secteur.

Article de Valentin Dauchot dans La Libre : https://bit.ly/3jxm5Uy

Les initiatives distanciées qui redonnent vie à la fête se multiplient depuis quelques semaines. Les clubs pouvant se le permettre ouvrent leur terrasse, les labels investissent les parcs, et les producteurs belges de musique électronique enchaînent les apparitions face à des publics cloisonnés par zones, tables ou transats. L’inventivité est telle, dans l’événementiel, qu’on aurait presque le sentiment que les choses sont sur le point de revenir à la normale.

« C’est une belle preuve que le monde de la culture veut continuer à vivre« , concède Lorenzo Serra, vieux briscard de la nuit bruxelloise, cofondateur du Listen Festival, et porte-voix d’une partie des acteurs bruxellois de la vie nocturne. « Mais ça ne veut absolument pas dire que la situation post-Covid est sur la bonne voie. Ce type de micro-événement n’est pas rentable, financièrement. Certains peuvent se le permettre mais d’autres pas. Beaucoup de gens sont à l’arrêt depuis des mois avec des loyers de 10, 15 ou 20 000 euros par mois. Alors imaginez ce que ça représente sur un an. Les clubs et autres lieux de vie nocturne ont absolument besoin d’être écoutés et aidés. »

« La nuit n’est pas subventionnée »

Le point le plus problématique est assez évident : il n’existe, à l’heure actuelle, aucune perspective de réouverture totale à moyen ou long terme. « Beaucoup ne se font plus d’illusions, poursuit Lorenzo Serra. Certains pensent que les clubs et les salles ne rouvriront pas avant l’automne 2021. Si le clubbing doit disparaître tant qu’il n’y a pas de vaccin, d’accord, nous sommes prêts à en discuter. Mais alors, politiquement, il faut un plan qui dise ‘voilà les acteurs impactés, voilà ce qu’il en coûterait de les sauver, et voici ce que nous pouvons mettre en place’. »

Face à cette situation exceptionnelle, la nuit bruxelloise s’est fédérée et jouit désormais d’une oreille au sein de différents niveaux de pouvoir. Mais elle est encore davantage perçue comme une source de divertissement qu’un acteur culturel en tant que tel, et donc, jugée moins essentielle encore. « C’est injuste, se désole Lorenzo Serra. Beaucoup de producteurs de musique électronique commencent dans les clubs avant de se produire dans de grandes salles de concerts. Le clubbing fait partie intégrante du patrimoine de la Belgique depuis des années, il y a un véritable savoir-faire, des gens talentueux dotés d’une vision, une expertise. Si rien n’est fait pour leur éviter la faillite, ils disparaîtront ou se réorienteront dans d’autres domaines faute de choix, car le monde de la nuit n’est pas subventionné. Ce qui prime aujourd’hui, après cinq mois d’arrêt, c’est de sauver les établissements. Sans établissements, pas de relance possible. »

Soutien, insuffisant, du public

Outre la définition d’une réelle stratégie, la Fédération bruxelloise des professionnels de la nuit demande aux autorités de pouvoir bénéficier, dans un premier temps, d’un traitement similaire à celui des bars : soit le droit d’ouvrir sous conditions, et d’étendre la limite d’heure actuellement imposée à ceux-ci de 1 h à 3 h du matin. « On a déjà vu nombre de fêtes clandestines avec des centaines de personnes agglutinées, ajoute Lorenzo Serra. Le milieu, lui, a mis en place une vraie méthodologie, qui permettrait de contrôler les choses. »

Le public, enfin, semble demandeur et fidèle. Le C12, club techno installé depuis deux ans et demi au cœur de la capitale, vient ainsi de récolter 50 000 euros en recourant au crowdfunding pour éviter une disparition pure et simple, même si ce montant est totalement insuffisant et a sans doute déjà été avalé. Particulièrement dynamiques, depuis les attentats, tous ces lieux ont fédéré un public jeune d’habitués. « Faute de fédération, conclut l’organisateur du Listen Festival, nous manquions de données concrètes sur l’impact social, culturel et économique de la vie nocturne à Bruxelles. Mais on sait que l’Horeca et la culture représentent 25 % à 30 % de son PIB, et que faute de culture et de nuit ambitieuse, les jeunes vont ailleurs. Emportant avec eux une partie du dynamisme et de l’innovation. »

Article de Valentin Dauchot dans La Libre : https://bit.ly/3jxm5Uy

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