COVID-19

France : À la tête du Centre national de la musique, Jean-Philippe Thiellay pointe le risque de faillite accru de nombreuses structures, faute de visibilité à la rentrée, mais ne se prononce pas pour un assouplissement des conditions d’accueil.

Article/ Interview complet de Odile de Plas dans TELERAMA : https://bit.ly/2D6O6li

Dans une lettre ouverte publiée jeudi 23 juillet, mille cinq cents professionnels de la musique réclament le droit de tenir à nouveau des concerts debout. D’où vient cette interdiction et quelle est la position du CNM ?
Cette interdiction vient des mesures de police administrative, prises par les autorités pour des motifs sanitaires. Une configuration debout n’est pas comparable à une configuration assise, qui permet d’organiser le placement. La mesure me semble donc parfaitement légitime. Le rôle du CNM est de soutenir la filière, pas de demander l’assouplissement des règles sanitaires. Je comprends le besoin d’accompagnement des acteurs. Le secteur souffre d’une absence de visibilité depuis mars, et c’est très perturbateur car un calendrier, cela s’organise. L’activité culturelle est difficile, ce n’est pas un simple commerce, c’est de la programmation artistique qui demande du temps et de l’engagement.

Les professionnels attendaient des réponses le 10 juillet avec la fin de l’état d’urgence sanitaire, la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, avait parlé de desserrement des conditions. Elles sont identiques, voire renforcées avec le masque obligatoire… Ont-ils raison de s’inquiéter au sujet de la rentrée ?
Ils ont raison d’un point de vue économique. On entrevoyait le bout du tunnel, et les craintes d’un redémarrage de l’épidémie font que les décisions prises par l’État conduisent à une reprise normale décalée. Les conditions actuelles des concerts sont un pis-aller insoutenable. Je partage l’inquiétude pour la survie des structures dans tous les genres musicaux, elle est légitime, mais il est important de souligner aussi que les acteurs comprennent la situation, ils ne contestent pas le fond des décisions sanitaires.

Si la reprise en conditions normales ne peut avoir lieu, quelles sont les solutions envisagées ?
Le CNM a deux objectifs : le premier est d’éviter les faillites, car je suis inquiet. Le fond de secours a permis de distribuer 11 millions d’euros à 1 058 structures, qu’il s’agisse d’associations, d’entreprises, dans le domaine du classique ou des musiques actuelles. Une nouvelle vague d’aides sera débloquée la semaine prochaine. Si on y ajoute les droits de tirage, cela fait 22 millions distribués au total. Grâce à cela, nous n’avons pas encore connaissance de faillite.

Le second objectif est d’accompagner ce qui peut l’être, comme des festivals et concerts avec des jauges réduites. Nous avons assoupli les conditions d’octroi des aides en terme de délai.

Des salles comme les Smac [les scènes de musiques actuelles], qui sont subventionnées, peuvent-elles fermer ?
Toutes les structures sont faillibles malheureusement. Les marges sont très faibles dans le spectacle vivant. Énormément de structures sont peu subventionnées, elles sont même très souvent autofinancées. Certes, faute d’activité les coûts baissent, mais avec 75 % de chiffre d’affaires en moins, il y a quand même un trou à la fin. La réponse a été forte, les collectivités locales ont été d’un grand soutien, notamment en dérogeant à la règle du service fait [verser les subventions même si le programme concerné ne s’est pas tenu, ndrl], mais si cela dure les collectivités feront, elles aussi, face à des difficultés…

La culture a le sentiment persistant de n’être pas considérée à sa juste valeur, malgré sa contribution à l’économie, est-ce justifié ?
Je suis d’accord avec ce sentiment qui a été renforcé avec le déconfinement, dont les conditions ont donné l’impression qu’aller à un spectacle était moins important que de prendre un train ou un avion. Ce décalage a été très mal vécu et a créé ce ressenti, malgré les moyens donnés et à venir. Bien sûr le chiffre d’affaires de la culture représente des milliards d’euros, mais il me semble surtout essentiel de dire qu’on ne peut pas vivre sans musique. Il y a une forme d’impatience. On dit souvent que l’Allemagne fait beaucoup plus pour la culture, mais on compare des aides qui ne sont pas de même nature : il faut prendre en compte le milliard d’euros pour les intermittents, les exonérations de charges. L’incertitude obscurcit et masque la réalité des aides, qui ne sont peut-être pas suffisantes.

Article/ Interview complet de Odile de Plas dans TELERAMA : https://bit.ly/2D6O6li

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