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Deezer joue la carte saoudienne au Proche et Moyen-Orient

Analyse et article complet de Philippe Astor sur son blog Musiczone : https://bit.ly/39SW2TB

En accueillant le fonds saoudien KHC dans son capital et en signant un accord exclusif avec le label arabe Rotana, Deezer voulait imposer son leadership dans la région. La partie n’est pas jouée.

En août 2018, la plateforme de streaming française Deezer accueillait dans son capital la Kingdom Holding Company (KHC), un fonds d’investissement saoudien dirigé par le prince Al-Waleed bin Talal, homme d’affaires et investisseur membre de la famille royale d’Arabie Saoudite, que le New York Times qualifiait il y a une vingtaine d’années de “Warren Buffet arabe”, et le magazine Forbes d’“homme arabe le plus riche au monde” il y a encore quelques mois. Avec 13 Md$ d’actifs à fin 2018, KHC est l’un des plus gros fonds d’investissement au monde, présent au capital de firmes comme Citigroup, Twitter ou encore Uber.

La transaction, qui valorisait Deezer à hauteur de 1 Md€, et faisait entrer la start-up française dans le club très prisé (quelques dizaines de membres à peine à l’époque) des “licornes” européennes du Web, se doublait d’un accord avec Rotana Group portant sur la distribution exclusive de son catalogue musical et vidéo, le plus important du Moyen Orient et d’Afrique du Nord, dans tout la région MENA (Middle East and North Africa). Selon le site libanais Le Commerce du Levant, KHC, outre sa prise de participation dans le capital de la plateforme française, a financé au moins en partie le deal signé avec Rotana, ce qui peut expliquer le chiffre de un milliard de rials évoqué par Reuters et la presse arabe, soit 75 M€ de plus que le montant officiel annoncé par Deezer.

“Le catalogue de Rotana sera désormais exclusivement présent sur Deezer au Moyen-Orient”, a résumé Habib Rahhal, p-dg de Rotana Audio, lors de l’annonce en grandes pompes de ce partenariat exclusif, qui est un moyen pour Deezer de disposer d’un réel avantage concurrentiel sur de nombreux petits marchés de la région promis à une forte expansion, de l’Algérie au Liban, en passant par l’Arabie Saoudite, Les Émirats arabes unis, l’Égypte ou la Turquie. Et de couper l’herbe sous les pieds de la concurrence régionale, voire de tenter de l’écraser, en la privant de l’accès à un catalogue essentiel.

[Cet] accord de distribution […] nous offre […] une opportunité unique de développer de futures positions de leader sur des marchés en pleine expansion”, reconnaissait son p-dg Hans-Holger Albrecht à mots couverts dans le communiqué de presse publié par Deezer, qui annonçait l’ouverture d’un bureau à Dubaï dans les mois à venir, et dans d’autres territoires de la région MENA par la suite. “Cela nous donne la clef du marché arabe, car le label saoudien est l’acteur le plus important de la région. C’était le meilleur partenaire envisageable. Les titres arabes plairont qui plus est à la diaspora dans des pays où nous sommes présents, comme la France et le Brésil”, poursuivait-il. Pour le site d’information financière saoudien Mubasher, la volonté de Deezer est très clairement de “surpasser tous ses rivaux dans la région MENA”.

Les fondateurs d’Anghami préfèrent quant à eux relativiser les effets de l’alliance entre Rotana et Deezer. “À l’exception de deux ou trois chanteurs, les artistes de Rotana représentent moins de 10 % du milliard de titres qui sont joués sur notre plate-forme chaque moisexplique Élie HabibSa réputation, le groupe Rotana l’a gagnée dans les années 1990 ; depuis, il a perdu de son aura. Aujourd’hui, la part de musique arabe produite de manière indépendante est largement supérieure à ce qui sort du label saoudien.” Fin 2018, le catalogue de Rotana ne représentait en réalité que 6 % des écoutes sur Anghami, communiquera plus tard la compagnie. Et Elie Habid de commenter : “Je ne dis pas que c’est grave, je ne dis pas que c’est sans importance, mais on peut vivre sans Rotana. Ce n’est pas du tout essentiel pour nous”.

La plupart des nouvelles musiques indépendantes arabes ne sont pas éditées par des labels, et il faut ratisser large sur le terrain du Do It Yourself, et de tout ce qui s’échange sur des réseaux comme Whatsapp, pour actualiser son catalogue. Un travail de fond auquel Anghami s’attelle depuis des années. “C’est pourquoi nous avions créé il y a trois un tableau de bord pour les artistes, qui leur permet de poster directement leurs chansons sur Anghami”indique Elie Habib. Sur ce terrain, la plateforme de streaming libanaise dispose d’une avance considérable sur ses concurrents occidentaux, qui peut faire encore longtemps la différence.

Article et analyse complète de Philippe Astor sur son blog Musiczone : https://bit.ly/39SW2TB

Deezer : http://www.deezer.com

Rotana Music sur Facebook : https://www.facebook.com/rotana/

Anghami : https://www.anghami.com/

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