COVID-19

Québec – Libre opinion d’un artiste : « C’est nous qui faisons vivre toute la patente »

Opinion de l’artiste Damian Nisenson dans Le Devoir : https://bit.ly/327FBjJ

Je suis musicien, agissant souvent comme réalisateur, producteur et même diffuseur. Mais je suis musicien, le reste je ne le suis pas, je le fais… par la force des choses.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je veux mettre ça au clair : je n’ai absolument rien contre les gestionnaires du milieu artistique québécois, qui se démènent pour que l’art fasse partie du quotidien de nos concitoyens. J’ai un problème, par contre, et grave, avec l’écologie du milieu, qui place les gestionnaires au centre du débat et nous, les artistes, en périphérie, en train de quémander aux gestionnaires pour qu’ils nous laissent exister.

J’ai entendu dire à une directrice de salle de spectacle aujourd’hui même que, pour aider les musiciens, le gouvernement devrait aider les salles et les diffuseurs, parce que ce sont eux qui donnent du travail aux artistes. Faux, c’est nous, les artistes, qui donnons du travail aux salles et aux diffuseurs, c’est nous, les créateurs, qui faisons vivre toute la patente. Sans nous, pas de spectacles ni de disques à vendre, pas de salles à remplir. Nous créons les contenus, nous donnons de la vie, de l’identité et du sens à la communauté… Iriez-vous manger dans un resto où il n’y a pas de chef, ni de viande, ni de pâtes, même pas une petite salade, seulement le patron, le manager et les serveurs ?

Aujourd’hui, j’ai participé à une rencontre virtuelle organisée par un important organisme du milieu artistique. J’ai déjà participé à quelques dizaines de ces rencontres depuis le début de la pandémie. Comme d’habitude dans ce genre de rencontres, il y avait une bonne vingtaine de gestionnaires (diffuseurs, producteurs, agents, managersbookers) et deux ou trois musiciens.

Ce qui revenait presque toujours dans la bouche des participants était l’urgence de retourner à la normale… Pour nous, les artistes, la normale n’était déjà pas très bonne, alors pourquoi retourner à une situation dans laquelle nous étions toujours les derniers dans la file de paie ?

Madame et monsieur Tout-le-Monde ne le savent peut-être pas, mais quand vous allez voir un concert, avant que les pesos arrivent dans les poches des musiciens, le diffuseur a pris son argent, le producteur a pris son argent, les techniciens ont pris le leur, et le transport, et les droits d’auteur, et la cotisation syndicale, et le booker, et l’agentEt enfin nous avons droit à nos 100 $ ou 200 $, voire 300 $, et retournons à la maison le cœur ému pour avoir rempli de bonheur celui du public… Chouette !

D’autre part, l’expérience vécue pendant la pandémie nous montre plus clairement que jamais que c’est nous, les artistes, le seul élément indispensable pour qu’il y ait de l’art, et pas les salles, pas les producteurs, pas les systèmes de son, pas les bookers, pas les agents…

Peut-être avez-vous eu la chance de voir et d’entendre des musiciens, des comédiens ou des danseurs dans votre ruelle depuis le mois de juin. Plusieurs arrondissements ont eu l’idée en début du déconfinement, je les félicite et les en remercie, de subventionner des artistes pour qu’ils aillent faire des prestations spontanées dans des ruelles, des parcs, des cours privées, ou sur des terrasses ou des balcons.

Pour moi et pour beaucoup d’autres musiciens avec lesquels j’ai eu l’occasion de jouer et d’échanger des points de vue sur la situation, l’expérience était superlative. Non seulement nous pouvions jouer aussi bien, et confortablement, que dans n’importe quelle salle de spectacles, mais le fait d’aller vers les gens et de jouer dans notre territoire commun de simples citoyens avait enlevé cette dimension sacrée de la scène… Il ne faut pas oublier que la scène occidentale n’est pas l’héritage des anciens théâtres grecs, mais bien de l’autel chrétien, et sans cette hiérarchie et cette distanciation public-artiste, le rapport devient tellement plus naturel et organique. Les commentaires et les anecdotes sur la musique que nous étions en train d’interpréter enrichissent et approfondissent l’expérience, pour les artistes et le public. Vivement à refaire, COVID ou pas !

Dans les arts comme dans tous les autres domaines de l’expérience humaine, cette pandémie représente une crise majeure, mais aussi la plus magnifique occasion de faire mieux des choses que nous faisons plutôt mal depuis des décennies, des siècles même, qu’il s’agisse de la protection de l’environnement ou de notre rapport aux autres espèces vivantes, à l’argent et à la consommation de biens qui nous font du mal.

Opinion de l’artiste Damian Nisenson dans Le Devoir : https://bit.ly/327FBjJ

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