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Musique classique : où sont les femmes ?

Seuls 4 % d’orchestres dans le monde ont une direction féminine ! Et en France, seulement 1 % des compositeurs, 4 % des chefs d’orchestre, 5 % des librettistes, 23 % des solistes instrumentistes sont des femmes ! Pour contribuer à briser enfin cet insupportable plafond de verre, la Philharmonie de Paris accueille aujourd’hui, sous l’impulsion de Claire Gibault, première femme à avoir dirigé un orchestre en France, les épreuves du premier concours de direction d’orchestre exclusivement ouvert aux femmes : la Maestra. Jusqu’au 18 septembre, date de la finale, six musiciennes venues du monde entier vont montrer leurs talents et prouver qu’elles sont des cheffes comme les autres. Interview de Laurent Bayle, président de la Philharmonie de Paris.

Entrevue de Violaine de Montclos dans Le Point : https://bit.ly/32JkWTL (Extraits ci-dessous)

Le Point : Comment expliquez-vous une telle absence de femmes aux postes clés de la musique classique ?

Laurent Bayle : La musique symphonique a été en grande partie codifiée au XIXe, et de façon extrêmement hiérarchisée. Le « discours » est tenu par les cordes, les autres instruments suivent. Le leader de l’orchestre est le violon solo, puis viennent les premiers violons, les seconds violons, etc. C’est une organisation très conservatrice, voire régressive, qui ne favorise pas l’égalité des genres. Les compositeurs du XXe siècle ont eu beau se libérer de ce cadre, le monde de la musique est resté très éloigné, c’est vrai, des évolutions de la société… À cela s’ajoutent des représentations très profondes et archaïques. Le compositeur est un peu un dieu sur terre, il incarne le pouvoir, le chef d’orchestre représente l’autorité, valeurs que les hommes ont, comme souvent, volontiers accaparées… Les choses changent aujourd’hui, mais on a pris beaucoup de retard.

Pourtant, on imagine le monde de la musique comme cultivé, ouvert et, par conséquent, moins sexiste ?

C’est un milieu où l’on travaille surtout énormément, ce qui induit sans doute un rapport à l’ordre et à l’autorité un peu différent de celui que l’on peut trouver dans d’autres milieux culturels. Quand on travaille autant, on a peut-être moins tendance à remettre en cause l’ordre établi : sans doute estime-t-on que c’est un peu le prix à payer.

Le concours n’est ouvert qu’aux femmes. On ne vous l’a pas reproché ?

Bien sûr que si ! On m’a dit : « Tu les mets dans un zoo » ! Mais ce sont les hommes, aujourd’hui, qui, dans la musique classique, forment un zoo complètement dépassé. En revanche, je suis opposé à une application mécanique des quotas, car il faut laisser le temps aux talents de s’épanouir, de se consolider. Voilà pourquoi la Maestra n’est pas seulement un concours, mais une académie. Nous allons accompagner toutes les finalistes pendant deux ans, leur proposer des master class, des directions d’orchestre. L’idée n’est pas seulement de leur décerner un prix, mais de les soutenir pour qu’elles aient, simplement, autant de chances de réussir que les garçons…

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