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Spotify: jukebox personnalisé. Esclavagiste moderne. Dompteur d’esprits rebelles.

Chronique au complet de Serge Coosemans à suivre dans le Focus Vif : https://bit.ly/2G6zXq2. (Extraits ci-dessous)

La toxicité de Facebook et de Twitter est un sujet à la mode. Mais si on parlait un peu de celle de Spotify pour changer? C’est que la plateforme de streaming n’est pas qu’un jukebox personnalisé, c’est aussi un acteur entendant peser sur la pop culture et dans… les guerres culturelles en cours, nous avance ce Crash Test S06E04. Et avec beaucoup d’arrogance, encore bien.

Le journal Libération nous le rappelait encore au soir de ce vendredi 25 septembre 2020, avec la publication sur son site d’un petit billet titré « Spotify, une pirouette pour des cacahuètes » nous expliquant en quelques lignes en quoi le modèle économique du site de streaming suédois tient de l’arnaque pour les musiciens (au profit des start-ups!) et du désastre pour la culture musicale en général. « En 2006, écrit le journaliste Lelo Jimmy Batista, (Spotify) réussissait à nous vendre, sous couvert de sursaut moral et économique, rien de moins qu’une des formes les plus perverses d’esclavage moderne. Face au piratage, au pillage aveugle des oeuvres musicales, le streaming était présenté comme la seule solution viable. Légal, propre, transparent et donnant pleine satisfaction au client. Et on a tous plongé, parce que Spotify, c’était tout, tout de suite – les discographies, les titres, les pochettes, le minutage, les playlists… » À tel point qu’aujourd’hui, « l’essentiel des concurrents » (Deezer, Tidal…) est « dans le fossé » et que si vous voulez de la musique, Spotify est là, avec « tout ce que vous voulez« . « Le client aura ce qu’il veut, même s’il ne l’a pas demandé. L’artiste, en revanche, celui qui fournit le grand saut, la vision, l’imaginaire, bref, la matière, devra se contenter de cacahuètes.« 

Même pas, en fait. Dans son article, Lelo Jimmy Batista rappelle en effet que la valeur d’une cacahuète est estimée à 0,005 dollar alors qu’un stream sur Spotify n’en rapporte que 0,0004 aux artistes. Ce qui n’a pas l’air de tourmenter Daniel Ek, le fondateur de la plateforme. Dans un bel élan sarkozyste, celui-ci a en effet récemment invité les musiciens désireux de gagner plus à… travailler plus. Selon Ek, c’est en effet fini de ne sortir des albums que tous les trois ou quatre ans. Il faut « s’engager davantage« , « se diversifier« . Surprendre les fans, créer du lien. « En sous-texte, devenir de vrais petits entrepreneurs« , accuse avec raison Batista. Que le contenu fourni soit bon, mauvais, jetable importe peu du moment que ça clique dessus.

Spotify continue de fonctionner sur un modèle commercial basé sur la dépréciation complète de la valeur du travail de musicien.

À ses débuts, Spotify visait à rendre disponible tout ce qui existe. C’était un diffuseur visant l’exhaustivité, attendant de ses utilisateurs qu’ils choisissent eux-mêmes leur menu musical, peu importe lequel. L’idée, c’était qu’avec devant les oreilles une offre infinie, l’utilisateur allait passer un temps fou à fouiller les catalogues. Cela ne s’est pas concrétisé et aujourd’hui, Spotify s’est en réalité repositionné en partenaire marketing de l’industrie musicale, capable de gérer d’importantes campagnes promotionnelles (comme celle de Drake en 2018, quand son album Scorpio a été lancé en exclusivité sur la plateforme…) mais aussi d’influencer massivement la pop culture, de donner le ton chez les jeunes… Un peu comme le MTV du début des années 90, quand la chaîne, à la programmation jusque là musicalement plutôt diversifiée, s’est repositionnée en robinet à gangsta rap, R&B et grunge radiophonique pour le plus grand plaisir des majors. Sauf qu’il est indéniable que MTV a aidé Britney Spears et les Foo Fighters à devenir ce qu’ils sont ou ont été, y compris d’un point de vue économique. Alors que Spotify continue de fonctionner sur un modèle commercial basé sur la dépréciation complète de la valeur du travail de musicien. Tout en continuant également à se présenter comme partenaire incontournable de l’industrie; en « sauveur » même de celle-ci.

Chronique au complet de Serge Coosemans à suivre dans le Focus Vif : https://bit.ly/2G6zXq2.

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