Droits d'auteur et droits voisins

France : Les indés – Apocalypse ou Renaissance ?

Telle la calamité frappant notre sort commun, cette satanée Covid-19 apparaît comme un marqueur temporel qui semble déjà définir un avant et un après. Entre désarroi et espoir, le monde de la musique doit désormais prendre son mal en patience et croire à des lendemains qui chanteront sa renaissance. Ou pas.

Article de Julien Naît Bouda dans Longueur d’Ondes, dont le numéro est téléchargeable en suivant ce lien : https://bit.ly/33Bvuoo

Il y a des crises et des cataclysmes. Clairement, à l’heure d’écrire ces lignes, la situation ne semble pas pouvoir s’extirper de cette mélasse virale et infectieuse qui a figé la vie d’une multitude d’acteurs du monde musical. Alors que les salles de concerts et autres sont désormais fermées depuis six mois, la date envisagée pour leurs réouvertures est actée à 2021. Espérons qu’il ne s’agisse pas ici de calendes grecques, sans quoi ce sera le chant du cygne pour beaucoup, notamment dans le milieu indé de la musique. Se repenser, « enfourcher le tigre », voilà les conseils avisés que reçut le monde de la culture lors d’une table ronde hors-sol où son éminence de la République marqua une nouvelle fois les esprits par un imaginaire qui brasse plus l’air qu’il ne retourne la terre.

Joran Le Corre qui devait prendre en main la nouvelle salle dédiée aux musiques actuelles de Morlaix, le Sew, reste amer face à cette communication politique. « La situation est terrible. Riester, notre (ex) meilleur ministre de la Culture de l’Histoire de France, était aux abonnés absents, il a eu des prises de paroles catastrophiques pendant tout le confinement. Il n’avait aucune vision, rien ! C’était un vrai cauchemar. Il change de ministère et se trouve secrétaire d’État pour le commerce extérieur et là il pense bon de dire que les salons et les foires pourraient ouvrir sans limite de jauge dès septembre. Mais quelle inconscience de dire un truc pareil ! Ça peut donner des faux espoirs aux gens… ». Sa remplaçante, Roselyne Bachelot, est donc attendue au tournant, à elle maintenant de défendre et d’inclure ces métiers dits indépendants dans un schéma industriel qui ne les a jamais intégrés, manager d’artiste en tête. Bien que des aides aient été déployées par l’État pour soutenir un secteur qui a l’habitude des crises, la dernière en date, celle du disque étant à peine digérée, bon nombre craignent un nouvel épisode de confinement qui serait certainement fatal pour les petits acteurs du milieu. Julien Banes du label Upton Park témoigne en ce sens. « Notre activité publishing a été impactée mais on va le ressentir à retardement. Les droits générés en 2020 seront répartis à partir de janvier 2021. Bruno Lion, le Président du Conseil d’Administration de la Sacem, a annoncé qu’au moins un quart des droits qui devait être collecté, ne le sera pas. Et pour les plus petites structures qui font beaucoup de développement, cette baisse sera plutôt de l’ordre de 50 à 80%. Notamment pour les artistes dont les œuvres ne sont pas encore diffusées sur les gros médias, et dont les droits d’auteurs proviennent majoritairement du live. Nos répartitions Sacem entre janvier et octobre 2021, soit toutes les répartitions de l’an- née prochaine, seront obligatoirement très amoindries, et cela risque de représenter une énorme menace concernant la survie d’un certain nombre d’éditeurs/producteurs indépendants, dont nous faisons partie ». De la réouverture des salles de concerts dépend donc en partie cette indépendance dont la respiration est le garde-fou de la création face à l’écueil de l’uniformisation que l’industrie culturo-économique tend à réaliser.

Du réel au virtuel, du physique au digital

Quid du digital dans ce paysage scénique bouleversé? Il fut dès le début de la crise un palliatif permettant aux artistes de se diffuser et ainsi d’exister. Alors que les concerts ont pris une place de plus en plus en grande dans le modèle économique de la musique, nombreux sont les musiciens qui ont participé au grand manège des lives sur Facebook, Instagram, Youtube, pour tenter de garder le contact avec leur public. De même, certaines plate-formes de partage de vidéos moins connues du grand public auront réussi à se faire diffuseurs de concerts, profitant d’une communauté d’utilisateurs d’un âge plus jeune et rompue à la vision de contenus vidéo sur Twitch et TikTok. Certaines initiatives autrement plus virtuelles sont même nées, comme les concerts organisés dans les jeux vidéo Minecraft et Fortnite avec des artistes modélisés pour l’occasion. Twitch normalement axé sur le gaming, fut même choisi avec le concours des pouvoirs publics pour diffuser le Catalpa Festival à Auxerre. Certains ont même trouvé le moyen de se rapprocher de leur public par cette voie en jouant sur le côté intimiste de ce type de média, comme ce fut le cas pour l’indé(crottable) Kim Giani : « J’ai fait mes concerts en webcam privé, soit en direct soit en différé envoyé par mail. J’en ai fait une trentaine, ce qui m’a permis de rééquilibrer les annulations de concerts en physique. »


Il semble pourtant que les alternatives numériques aux concerts physiques ne soient pas suffisantes. Même si la Sacem a commencé à rétribuer les lives digitaux, les montants, au même titre que le play d’un titre en streaming, sont encore trop faméliques pour constituer une rente satisfaisante aux artistes, bien qu’un prix ait été aussi fixé en relation avec la durée de l’enregistrement. On appréciera également les considérations du DG de Spotify post-déconfinement, celui-ci appelant les artistes à plus créer pour se fondre dans un modèle économique qui a changé et dans lequel on ne peut plus sortir un disque tous les deux ans… Et puis, il y a tout simplement la dimension physique d’un live qui au travers d’un écran perd de sa superbe. Pour Alex du label Requiem pour un Twister, la perte de cette proximité physique touche selon lui à l’essence même de certaines musiques, dont le rock. « Le rock s’exprime énormé- ment dans le cadre du concert. Sans scène, tout cela perd du sens. La puissance sonore du rock, avoir le groupe face à soi, ça doit rester quelque chose de physique.» Des propos qui ne semblent pas faire sens pour tout le monde, notamment dans de hautes sphères de l’industrie musicale, Live Nation pour ne pas les citer (oui encore eux).

Suite de l’article de Longueur d’Ondes, dont le numéro est téléchargeable en suivant ce lien : https://bit.ly/33Bvuoo

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