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Un autre numérique est-il (encore) possible ? Nous en avons discuté avec l’activiste Ethan Zuckerman, qui milite depuis des années pour la fin du modèle publicitaire et une meilleure régulation des réseaux sociaux.

Article et entrevue complète par Pablo Maillé pour Usbek & Rica : https://bit.ly/3sDvCjh

Extraits : Vous pensez que le futur des réseaux sociaux passera par des « plateformes plus restreintes et plus modestes, à but unique ». Pourquoi ?

Prenons le site de fan fiction Archive of Our Own. Il a été créé en 2008 par une autrice de fan fiction qui se disait fatiguée d’être chassée d’une plateforme à l’autre pour des raisons de droits d’auteur. Elle a donc décidé de créer son propre espace, qui est rapidement devenu très populaire : aujourd’hui, il est utilisé par 5 millions d’utilisateurs uniques par mois, et on y trouve des dizaines de milliers d’histoires originales. Tout le site est alimenté grâce à des bénévoles passionnés, qui ont décidé de créer leurs propres règles du jeu. Les créatrices de cet espace ont bâti des critères de modération précis sur la copie et la reproduction des œuvres originales, mais aussi sur la sensibilité des contenus, par exemple en essayant de faire en sorte que les gens ne tombent jamais sur des contenus qu’ils ne veulent pas voir – sexe, suicide, etc.

Je vais prendre un autre exemple personnel. En tant que diabétique, j’aimerais beaucoup pouvoir me rendre sur un réseau social où je pourrais échanger avec des gens comme moi, pour avoir des conseils pour mes voyages, par exemple. Je n’ai pas envie de le faire sur Facebook, parce que je sais que mes données y seront collectées et que je recevrai des pubs sur le sujet. Mais que se passerait-il s’il existait un espace d’échange anonyme et apaisé, où la politesse serait la règle et où les autres sujets, notamment politiques, seraient bannis ? Ne serait-ce pas mieux pour tout le monde ? À mon sens, c’est à ces besoins que peuvent répondre les réseaux sociaux à but unique.

Dans le dernier numéro de notre magazine papier, nous nous sommes intéressés à la notion de Web3, cette génération du web que plébiscitent les défenseurs des cryptomonnaies et des NFT, en nous demandant si elle relevait de la révolution ou de l’arnaque. Qu’en pensez-vous ?

Certains de ces réseaux sont dits « décentralisés » au sens où chaque pièce de leurs édifices sont uniques et qu’il n’existe pas de serveur central. C’est ainsi que fonctionnent des crypto-monnaies comme le bitcoin ou l’ethereum, par exemple. Il existe également des réseaux sociaux basés sur ce fonctionnement, comme Planetary : on dispose de son propre répertoire de données et, à chaque fois qu’on tweete ou qu’on publie un post sur Facebook, personne ne peut s’en emparer.

« L’idéologie des avocats du Web3 est purement libertarienne »

La limite de ce modèle, c’est que si quelqu’un se montre très insultant envers quelqu’un d’autre, il n’y a aucune procédure pour régler le problème. Or la modération est l’un des problèmes majeurs aujourd’hui pour les réseaux sociaux, et je ne suis pas sûr que le Web3 soit en mesure de le résoudre. Les défenseurs du Web3 disent qu’il suffit de tout traiter comme une propriété privée et de faire confiance à chaque « propriétaire ». Mais à qui appartient mon commentaire sous le post de quelqu’un d’autre qui contient le portrait d’une troisième personne, prise par une quatrième ? Le Web3 ne permet pas de répondre à cette question, alors qu’elle est essentielle 

Les espaces à but unique dont je parle, eux aussi décentralisés, sont plus faciles à comprendre et à utiliser. En ce sens, je pense même qu’ils peuvent nous aider à vivre dans une démocratie fonctionnelle, où les gens prennent conscience des conséquences de leurs actes. L’idéologie des avocats du Web3 est purement libertarienne : « Nous faisons confiance au marché, et en rien d’autre. » Selon eux, pas besoin de régulation, le marché va tout régler ! Je suis très sceptique vis-à-vis de cette théorie à la fois d’un point de vue idéologique et d’un point de vue pratique. Le risque est d’aider les plus forts au détriment des plus faibles, et de reproduire les inégalités du modèle qu’on prétend dépasser.

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